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Épisode 15
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Réponse à la tribune de Big Penguin 2/2 : l’écodélateur

« BIG PENGUIN IS WATCHING YOU »

Avec la tribune politique de Big Penguin, le choix de ce slogan ne présente plus de doutes. En effet, le candidat aux municipales parisiennes nous y révélait, il y a quelques semaines, le projet autour duquel se concentre tout son programme politique : le « Grand Nettoyage ».

Je m’inquiétais dans mon dernier billet des techniques employées par Big Penguin, mais nous nous confrontons assurément ici à la perspective la plus alarmante de sa candidature.

De quoi s’agit-il exactement ? À premier abord, il semblerait que l’expression soit à prendre au premier degré : des équipes seront formées pour réaliser le nettoyage de la ville. Etant donné que c’est déjà une mission à laquelle s’attèle la municipalité, on doit en conclure que la tâche devra être menée de façon plus scrupuleuse. Il est donc question d’un service rendu à la planète : rétablir un environnement sain.

Cependant, à aucun moment Big Penguin, n’explique-t-il seulement comment cet assainissement va être réalisé. Afin d’accomplir cette entreprise, il envisage la « création d’emplois » ce qui devrait plutôt satisfaire la population parisienne. Mais quelles en seront les conditions, et comment ces derniers seront-ils financés ? Enfin il convient de se demander ce qu’il adviendra de ces équipes une fois les pavés récurés. Et si le « Grand Nettoyage » ne se limitait pas à la poussière mais allait au-delà de ces apparences ?

Big Penguin, ne précise en effet pas à quel stade la planète devra être restaurée. Qu’est-ce qui est en effet acceptable pour la banquise ? Et si pour restaurer la planète il fallait se débarrasser de l’espèce humaine ? Une vérité bien dérangeante mais qui permettrait à Big Penguin d’atteindre ses objectifs.

Sous la couverture écologique de Big Penguin, mon pari est que ce plan ne s’inscrit pas tant dans un souci de rétablir un environnement naturel sein, que d’asseoir son pouvoir autoritaire. L’arme écologique de pointe pour la mise en œuvre de sa campagne d’accession au pouvoir est le projet d’application mobile l’ « Eco-délateur ». Un outil imparable pour forcer des changements de comportement massifs dans une société dans son intégralité et s’assurer ainsi que chaque individu « rentre dans le moule » définit par son nouveau chef.

À ces fins, grâce à un système de notation et de points, chacun sera forcé, par pression sociale, d’adopter un certain type de comportement : en l’occurrence, d’adopter des gestes respectueux et même bénéfiques pour la santé de la planète. Une garantie pour les électeurs de Big Penguin que ses objectifs écologiques soient atteints.

Parallèlement, cette application constituera un mécanisme de surveillance et de contrôle extrêmement efficace dans les mains de Big Penguin, car chacun sera fiché, noté et observé pour tous ses actes. L’éco-délateur est en réalité bien un instrument de mise en place d’un régime autoritaire !

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Pour trouver l’inspiration, Big Penguin n’a eu qu’à observer les expérimentations qui se font actuellement en Chine. Après un certain nombre de tests dans plusieurs villes à travers le pays, devra être mis en place cette année, à l’échelle nationale, un vaste « système de crédit social ». La cité pionnière, Rongcheng, a ainsi élaboré un barème et des scores individuels qui permettent de récompenser ou sanctionner les citoyens en fonction de leur comportement civil. L’idée étant ici de créer une bonne atmosphère sociale.

Des actions dites « positives » permettent d’obtenir des points : dons du sang, visites à des familles pauvres ou des personnes âgées isolées, dons d’argent à des associations, services bénévoles, aide aux personnes en difficulté, « actes héroïques » (pour autant qu’on sache ce que ces derniers signifient) … À l’inverse, des actions dites « négatives » conduiront à un retrait de points : violer le code de la route, jeter des détritus sur la voie publique, diffuser des informations « négatives » sur le web, contourner l’autorité du gouvernement local…

Ces agissements tout comme l’échelle de valeurs sont arbitrairement déterminées par les autorités. À l’aide de critères vagues, une évaluation plus discrétionnaire est permise : en effet à partir de quand une information diffusée doit-elle être considérée comme étant « négative » ? Dès lors qu’une mesure prise par la ville ou le gouvernement est critiquée ?

Pour parfaire ce système compétitif, les notes attribuées de AAA à D, ont un impact sur la vie quotidienne de chacun. Un « AAA » bénéficie par exemple de réductions pour prendre le bus, d’un accès facilité aux services publics et prêts bancaires, de taux d’intérêts préférentiels, de subventions pour le chauffage, d’examens médicaux gratuits. En revanche, en dessous de C on ne peut plus emprunter de l’argent ni même être fonctionnaire. Foutu pour foutu, les plus « médiocres » citoyens sont sur « Liste Noire » : interdiction de prendre l’avion ou le TGV, exclusion de l’université y compris pour leurs proches, incitant à subir davantage de pression dans son entourage.

La conclusion est claire : la liberté n’est pas un droit, elle se mérite.

Tout comme l’éco-délateur de Big Penguin, ce système repose sur un mécanisme de pression sociale. A Roncheng, les meilleurs citoyens sont récompensés en voyant leur photo reproduite en grand format sur le mur extérieur d’un immeuble. Ce sont des modèles de la société : des citoyens exemplaires. À l’intérieur du bâtiment, des écrans digitaux affichent les scores de chacun et sont mises en avant les personnes sur liste noire, la honte de la société : leur photo est publiée sur le site internet de la ville et la raison de leur déchéance est indiquée. Ainsi, quelqu’un qui n’a pas acquitté sa pension alimentaire ou n’a pas remboursé ses dettes sera publiquement affiché.  Dans la province de Hebi, une application via messagerie localise les mauvais payeurs dans un rayon de 500 mètres.

Pour aiguiser ce système de points qui incite à la délation, une application à Pékin encourage à signaler via son smartphone tout soupçon de comportement illégal en envoyant des photos ou vidéos. Jusqu’où est-ce que Big Penguin compte aller ? Après dénonciation via l’application mobile, la sanction tombera-t-elle aussi dès lors qu’il y aura un soupçon ? Que fait-on de la présomption d’innocence ?

La délation se situe au cœur de tout régime autoritaire. Elle fut très employée par le régime national socialiste dans l’Allemagne du milieu du XXème siècle ou le régime soviétique. Aujourd’hui, en Chine un site internet permet de dénoncer : espions, actions de subversion ou activité visant le renversement du système socialiste. En répression : interrogatoires, interdiction de fréquenter des universités ou d’exercer certaines professions, emprisonnement, disparitions…  Des équipes de surveillance formées de citoyens lambda sont recrutées par les autorités pour observer les moindres faits et gestes des passants.

Le régime l’a compris et Big Penguin aussi, l’utilisation des masses comme agents de renseignements est extrêmement efficace. D’une part il permet au gouvernement d’identifier les éventuels dissidents, d’autre part il assure que tout individu se conforme au moule social. En effet, tout individu est poussé à la prudence : il ne sait jamais quand est-ce qu’il va être vu par les mauvais regards, entendus par les mauvaises oreilles. De façon très habile, en incluant le mouton lambda dans les activités de l’Etat, cela permet de nuancer l’image d’un régime autoritaire en donnant l’apparence d’une « participation citoyenne ».

Cette pratique est enfin combinée avec le savoir-faire de notre siècle : caméras de surveillances à chaque coin de ville dont un maximum d’entre elles avec un système de reconnaissance faciale, systèmes d’écoutes dans les appareils électroniques privés à commencer par les téléphones portables et les téléviseurs. Plus rien n’échappe à l’Etat chinois aujourd’hui ou à Big Penguin demain.

En effet, avec les systèmes technologiques modernes les êtres humains ont su parfaire le régime autoritaire décrit par George Orwell dans 1984. On en est arrivé à un niveau de perfection impressionnant de la police des pensées. Pour ne pas être persécuté par le régime, le mieux est de ne plus se poser de question. On se conforme, on se soumet, on est totalement asservi par le régime.

Ainsi l’autorité étouffe toute dissidence à sa racine même : la capacité d’un individu d’être critique envers ses dirigeants. Ce ne sont pas des citoyens qui forment un système politique, mais un régime qui forme le sujet idéal.

Dans une démocratie, le meilleur moyen de lutter contre la mise en place d’un tel système est donc de cultiver un esprit critique. Cela commence dès les élections municipales et l’arrivée de Big Penguin.

À la veille des élections, comment Big Penguin et ses électeurs vont-ils répondre à la critique du professeur ? À suivre…

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Cet épisode a été écrit par

Professeur Poulpi

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